Rainer Giacomelli

« Les transports en commun sont les artères et les veines de l’organisme d’une ville, animant la vie de ses concitoyens. ». 

                                                                                                                                                        Rainer Giacomelli 

 

Chez Rainer Giacomelli, chaque photo a son histoire : un mélange subtil composé d’anecdotes humoristiques, de situations ubuesques, toutes plus surprenantes les unes que les autres. Mais avant la prise de vue, l’homme a imaginé une situation, repéré les lieux, l'impact de la lumière, avec une précision toute chirurgicale. Le jour J, tel un chasseur (d’images), il prend position, s’immerge jusqu’à se fondre dans son environnement. Et il attend patiemment que la chance lui sourie. Une fraction de seconde suffit pour que le clic du Leica capture le moment offert. Une nouvelle image est née... L'histoire peut continuer.

Comment définissez-vous votre pratique photographique ?

Depuis toujours je suis intrigué par la question : comment chaque individu perçoit-il le retour visuel de ce qui l'entoure ? Chacun voit son monde de façon différente. Les couleurs, l'espace, les protagonistes. Un juge qui interroge des témoins d'un événement confirmerait mes dires. Dès que l'on quitte la photographie événementielle, pratiquée en famille, pendant les vacances, etc. On s'ouvre à un autre monde visuel, riche en sujets. Depuis mes années d’étudiant, je suis particulièrement attiré par deux types de photos : les images abstraites ayant un caractère graphique, artistique, composées par des éléments insoupçonnés, des textures, des fragments d'objets de la vie de tous les jours, des structures cachées dans des détails, - et - les images centrées sur l'humain, la photographie de rue, où le hasard joue au billard avec les personnes, les situations, les rencontres.

Montrer la ville depuis un bus, c'est une idée originale pour faire découvrir Audincourt sous un angle que l'on connait peu. Qu'avez-vous retiré de ces moments ?

Pour être honnête, j'étais sans a priori mais aussi, peu enthousiaste quand j’ai débuté ce projet imaginé par l’association Mode Ouverture. On aurait pu m'envoyer à New York ou Hong Kong, non ? Mais faut-il impérativement faire des longs voyages pour pouvoir prendre des belles photos ? J'ai découvert là un challenge personnel qui était moteur pour mes nombreux passages à Audincourt. Voir la ville sous un angle particulier, celui de la vie dans et autour des bus ajoutait une réduction qui me plaisait : le but n'était pas de prendre des "cartes postales" des meilleures vues que l'on peut avoir sur la ville, mais de suivre le chemin du transport public et les personnes qui en dépendent. On se laisse emporter par le rythme des déplacements des gens, le matin, le soir, jusqu'aux quartiers éloignés, jusqu'aux terminus. Et si on ne pense pas aux correspondances pour le retour, on le fait à pied...

Vous avez croisé de nombreuses personnes pendant vos sorties photos. Quels regards portaient les gens sur votre démarche ? 

J'estime que la moitié des prises a été faite clandestinement, sans qu'on ne me remarque. D’autres images nécessitaient un contact direct avec la ou les personnes visées - dans la plupart des cas, on m'autorisait à déclencher et on m'accueillait gentiment. Rares étaient les refus. En me voyant roder devant leurs magasins, les commerçants sortaient parfois dans la rue pour m'interroger et ça se terminait souvent par une invitation à un café, à une coupe de cheveux gratuite, ou une proposition de devenir leur photographe de famille pour le prochain mariage... Merci à toutes celles et ceux qui ont participé et permis à ces photos d'être prises et présentées !